Fer plat fixé par un trou oblong avec rondelle large, à côté d'une fixation en trou rond serré

Dilatation de l'acier, de l'inox et de l'aluminium : calcul et jeux à prévoir

Un portail qui ferme parfaitement en mars et qui coince en août. Un bardage qui gondole entre ses fixations. Une main courante dont le raccord s'est ouvert. Dans les trois cas, la cause est la même et elle n'a rien à voir avec un défaut de fabrication : c'est la dilatation thermique du métal, et elle se calcule à l'avance.

Ce guide donne la formule, les coefficients de l'acier, de l'inox et de l'aluminium, et surtout ce que cela représente en millimètres sur des pièces réelles. Il explique aussi l'erreur de calcul la plus répandue, celle qui consiste à raisonner sur la température de l'air. Pour le calcul des masses, qui suit la même logique de formule simple, le guide du poids de l'acier, de l'inox et de l'aluminium traite cette question séparément.

La formule et les trois coefficients

L'allongement d'une pièce métallique se calcule en multipliant sa longueur par son coefficient de dilatation et par la variation de température : allongement = longueur x coefficient x écart de température. Il n'y a rien d'autre dans le calcul.

Le coefficient de dilatation linéaire s'exprime par degré Celsius, en millionièmes. Pour l'acier, il vaut environ 12 millionièmes par degré, ce qui signifie qu'un mètre d'acier s'allonge de 12 microns quand il gagne un degré. C'est peu, et c'est bien le problème : l'ordre de grandeur paraît négligeable jusqu'à ce qu'on le multiplie par une longueur et par un écart de température réalistes.

Matériau Coefficient par °C Allongement pour 1 m et 50 °C d'écart
Acier de construction 12 millionièmes 0,60 mm
Inox austénitique 304L et 316L 16 à 17 millionièmes 0,83 mm
Aluminium 23 millionièmes 1,15 mm
Béton environ 11 millionièmes 0,55 mm
Polycarbonate environ 67 millionièmes 3,35 mm

Deux rapports à retenir de ce tableau. L'aluminium se dilate près de deux fois plus que l'acier, et l'inox environ 1,4 fois plus. Le polycarbonate, lui, se dilate plus de cinq fois plus que l'acier, ce qui explique une bonne part des désordres sur les couvertures de pergola.

Ce que ça donne en millimètres sur des pièces réelles

Le calcul devient parlant dès qu'on l'applique à des longueurs de chantier. Voici des cas courants, avec un écart de température annuel réaliste pour une pièce exposée.

Pièce Écart de température Allongement
Tube acier de 3 m 50 °C 1,8 mm
Portail acier de 4 m 50 °C 2,4 mm
Bardage acier de 6 m 60 °C 4,3 mm
Pergola aluminium de 5 m 60 °C 6,9 mm
Main courante inox de 10 m 50 °C 8,3 mm
Panneau polycarbonate de 3 m 60 °C 12,1 mm

Ces valeurs expliquent directement les pathologies observées. Un portail de 4 m qui gagne 2,4 mm en largeur n'a plus son jeu de battement si celui-ci avait été réglé au millimètre en hiver. Une main courante de 10 m qui gagne 8,3 mm pousse sur ses supports d'extrémité jusqu'à les déformer ou fissurer leur scellement.

L'erreur de calcul la plus fréquente

La variation de température à prendre en compte n'est pas celle de l'air, mais celle du métal, et une pièce sombre exposée au soleil peut atteindre 60 à 70 °C alors que l'air est à 30 °C. Calculer avec les températures météo conduit systématiquement à sous-estimer le mouvement de moitié.

Le métal absorbe le rayonnement solaire et chauffe bien au-delà de l'air ambiant. Trois facteurs amplifient le phénomène. La couleur d'abord : un profilé peint en noir ou en gris anthracite monte beaucoup plus haut qu'un galvanisé clair ou qu'un aluminium brut, qui réfléchissent une partie du rayonnement. L'exposition ensuite, une façade sud ou ouest recevant bien plus qu'une façade nord. Et la ventilation enfin, une pièce plaquée contre un support isolant évacuant mal sa chaleur.

En pratique, pour une pièce extérieure exposée et de teinte sombre, retenir un écart annuel de 60 à 80 °C entre le point le plus froid de l'hiver et le point le plus chaud de l'été est plus réaliste qu'un écart de 40 °C calqué sur les relevés de température de l'air.

Le corollaire est utile au moment de choisir une finition : à géométrie identique, une teinte claire réduit l'amplitude de dilatation. Les options de finition et leurs conséquences sont comparées dans le guide poutrelle galvanisée pour structure extérieure.

Le piège des assemblages mixtes

Quand deux matériaux de coefficients différents sont assemblés rigidement, ils ne s'allongent pas de la même quantité, et la différence se transforme en effort sur la fixation. C'est ce qu'on appelle la dilatation différentielle.

Le cas le plus courant en métallerie est l'aluminium fixé sur une ossature acier. Sur 5 m et 60 °C d'écart, l'aluminium gagne 6,9 mm quand l'acier n'en gagne que 3,6 : la différence de 3,3 mm doit être absorbée quelque part. Si les fixations sont rigides aux deux extrémités, elle se reporte en cisaillement sur les vis, qui se desserrent ou ovalisent leur trou.

Le cas du remplissage en polycarbonate dans un cadre acier est plus sévère encore, avec un rapport de plus de cinq entre les deux coefficients. Un panneau posé sans jeu périphérique se voile ou fissure dès le premier été.

À l'inverse, l'acier dans le béton est un cas favorable et ce n'est pas un hasard : les deux matériaux ont des coefficients très proches, environ 12 et 11 millionièmes. C'est précisément ce qui rend le béton armé possible, l'armature et le béton se dilatant de concert sans se désolidariser.

Les six ouvrages où ça coince vraiment

La dilatation ne pose problème que si le mouvement est empêché. Six configurations la bloquent, et ce sont celles qu'on retrouve en réclamation.

  • Portails et portillons : le jeu de battement et le jeu au sol se règlent à la saison de pose. Réglés au plus juste en hiver, ils disparaissent en été. Le guide du portail métallique battant ou coulissant détaille les jeux de pose à prévoir.

  • Bardage et habillage de façade : des fixations rigides à chaque point empêchent la tôle de glisser, et elle gondole entre les points. Le comparatif du bardage métallique traite les systèmes de pose.

  • Mains courantes et garde-corps longs : ce sont les pièces les plus longues d'un ouvrage, donc celles qui bougent le plus. Les principes de pose figurent dans le guide de la main courante acier.

  • Pergolas, carports et verrières : ossature métallique et couverture de nature différente, donc dilatation différentielle garantie. La conception de la structure est détaillée dans le guide de la pergola métal.

  • Rails de portail coulissant : un rail scellé sur toute sa longueur ne peut plus bouger, et la dilatation se traduit par un flambage local qui fait sauter le galet. Le rail se pose par segments avec un jeu entre eux.

  • Planchers et passerelles métalliques : les nappes posées bord à bord sans jeu se chevauchent et soulèvent leurs fixations. Les agrafes de maintien doivent brider sans interdire le glissement.

Le point commun des six : ce sont des ouvrages longs, exposés, et dont les extrémités sont tenues. Une pièce courte ou libre d'un côté ne pose aucun problème.

Les trois solutions de conception

On ne combat pas la dilatation, on lui laisse de la place : un point fixe unique, des fixations glissantes ailleurs, et un jeu calculé aux extrémités. Ce principe règle la quasi-totalité des cas.

Le point fixe unique est la règle de base. Un ouvrage long se bloque en un seul endroit, généralement au centre ou à une extrémité, et tous les autres points le laissent coulisser. Deux points fixes aux deux bouts, c'est la configuration qui garantit le désordre.

Les trous oblongs ou surdimensionnés matérialisent cette liberté. Un trou de passage légèrement plus grand que la vis, avec une rondelle large, permet au métal de glisser sous la tête sans contrainte. L'ordre de grandeur du jeu se déduit du calcul : il doit couvrir l'allongement total, pas la moitié.

Le jeu de pose aux extrémités enfin. Il se réserve en butée, et il se calcule dans le sens le plus défavorable. Une précaution simple y aide : noter la saison et la température approximative au moment de la pose, parce qu'une pièce posée par 5 °C n'a plus les mêmes cotes qu'une pièce posée par 35 °C.

Dernier levier, souvent le plus efficace : réduire la longueur continue. Deux éléments de 3 m avec un joint entre eux bougent chacun deux fois moins qu'un élément de 6 m. Commander les pièces déjà découpées aux cotes voulues, en tube carré acier ou dans les autres profils de la gamme acier, permet de prévoir ce découpage dès la conception.

Dilatation et soudure : le retrait au refroidissement

La soudure est un cas particulier de dilatation, mais inversé et beaucoup plus brutal. Le métal est porté localement à la fusion, donc fortement dilaté, puis il refroidit et se contracte en tirant sur tout ce qui l'entoure.

C'est l'origine des déformations après soudage : un cadre qui n'est plus d'équerre, une tôle qui a gondolé, un assemblage qui s'est refermé de quelques millimètres. Et le retrait est d'autant plus marqué que l'apport de chaleur a été concentré.

Trois pratiques limitent le phénomène. Souder par points alternés plutôt qu'en un cordon continu, de façon à répartir la chaleur. Brider la pièce pendant toute la durée du refroidissement et non seulement pendant la soudure. Et anticiper le retrait en préparant la pièce légèrement ouverte, pour qu'elle se referme à la bonne cote. La préparation et l'ordre des passes sont détaillés dans le guide pour souder un tube acier.

Pour les ouvrages dont le dimensionnement est en jeu, les notions de portée, de flèche et de reprise d'effort figurent dans le guide de la résistance et charge admissible de l'acier, et la logique d'ensemble d'une ossature dans celui de la charpente métallique.

Questions fréquentes sur la dilatation du métal

Comment calculer la dilatation d'une pièce en acier ?

En multipliant la longueur par le coefficient de dilatation et par l'écart de température. Pour l'acier, le coefficient vaut environ 12 millionièmes par degré Celsius, soit un allongement de 0,60 mm par mètre pour 50 °C d'écart.

Quel est le coefficient de dilatation de l'acier ?

Environ 12 millionièmes par degré Celsius pour un acier de construction. L'inox austénitique 304L et 316L se situe entre 16 et 17 millionièmes, et l'aluminium à 23 millionièmes, soit près du double de l'acier.

De combien s'allonge un portail en acier de 4 mètres ?

Environ 2,4 mm pour un écart de température de 50 °C. C'est suffisant pour faire disparaître un jeu de battement réglé au plus juste en hiver, et c'est la cause la plus fréquente d'un portail qui coince en été.

Quelle variation de température faut-il prendre pour le calcul ?

Celle du métal, pas celle de l'air. Une pièce extérieure de teinte sombre exposée au soleil peut atteindre 60 à 70 °C alors que l'air est à 30 °C. Pour une pièce exposée et sombre, un écart annuel de 60 à 80 °C est plus réaliste qu'un écart de 40 °C calqué sur les relevés météo.

L'aluminium se dilate-t-il plus que l'acier ?

Oui, près de deux fois plus : 23 millionièmes par degré contre 12 pour l'acier. Sur 5 m et 60 °C d'écart, l'aluminium gagne 6,9 mm contre 3,6 mm pour l'acier, et cette différence devient un effort sur la fixation quand les deux sont assemblés rigidement.

Comment éviter qu'une pièce métallique ne coince ou ne gondole ?

En laissant le mouvement se produire : un seul point fixe sur la pièce, des fixations glissantes avec trous surdimensionnés ailleurs, et un jeu de pose en butée couvrant l'allongement total calculé. Réduire la longueur continue en segmentant l'ouvrage est le levier le plus efficace.

Pourquoi l'acier et le béton vont-ils bien ensemble ?

Parce que leurs coefficients de dilatation sont très proches, environ 12 millionièmes pour l'acier et 11 pour le béton. Les deux matériaux se dilatent de concert sans se désolidariser, ce qui rend le béton armé possible.

Pourquoi un cadre soudé se déforme-t-il au refroidissement ?

Parce que la zone soudée a été fortement dilatée par la chaleur, puis se contracte en refroidissant et tire sur ce qui l'entoure. Souder par points alternés, brider jusqu'au refroidissement complet et préparer la pièce légèrement ouverte limitent ce retrait.

Deux chiffres et une règle

Les deux chiffres à retenir sont 0,6 mm par mètre et par 50 °C pour l'acier et 1,15 mm pour l'aluminium. Ils suffisent à estimer de tête l'ordre de grandeur du mouvement sur n'importe quelle pièce, et donc à savoir s'il faut s'en préoccuper ou non.

La règle, elle, tient en une phrase : un ouvrage long et exposé se bloque en un seul point et glisse partout ailleurs. Tout le reste, trous oblongs, rondelles larges, jeux en butée, segmentation, n'est que la mise en œuvre de ce principe.